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Citations

"La science explique le monde, elle répond aux questions. Elle veut savoir. La littérature veut s’étonner. Elle est à base d’éblouissement. Elle ne répond pas, elle questionne. Elle prend plaisir à ne pas comprendre, comme un enfant devant le prestidigitateur. Elle est en état de fascination. Le poète aime mieux être ébloui que renseigné. Ce qui la passionne, ce n’est pas le pourquoi, c’est le comment. Comment les choses se passent. Car on n’y comprend rien. On s’y trouve tellement habitué qu’elles paraissent toutes naturelles. Mais arrêtez-les une seconde. Ou regardez-les passer en restant immobile, et vous n’ycomprendrez plus rien. Un instant d’attention et tout devient un mystère.(…) C’est la tâche de la littérature de rendre ce mystère des choses. Elle a pour rôle de faire le portrait de l’indicible." [1]

"J’ajoute, pour situer cette chronique dans l’espace, qu’on vient de peser le cerveau de Gambetta. Il faisait 2 kg 500. C’est une chose extraordinaire. La presse annonce que Dubuffet " expose les empreintes de ses pieds " à la rive Gauche. Un anglais a juré qu’il mangerait son chapeau. En Amérique, la petite ville de Townstown ne cesse de battre des records : de " plus grande petite ville des U.S.A. ", elle vient de passer "plus petite grande ville du monde entier " par la naissance du jeune FranklinTestedeloup." [2]

"A force de taper sur un clou on finit toujours par le tordre ; ou même par l’enfoncer. Ou par s’écraser le pouce (il faut alors s’envelopper le doigt d’une petite tranche d’escalope crue, pour empêcher les hématomes).Bon, j’achète donc une escalope et je continue à taper sur mon clou." [3]

"Quand un journal féminin lui demanda "sa plus belle lettre d’amour", il écrivit la lettre - autre chef-d’oeuvre - d’un jeune homme qui parle uniquement à la jeune fille des voitures et des propriétés de son futur beau-père. Ceux sont les paradoxes de Vialatte capable de faire une "histoire" pour une erreur d’un sou, il était d’une générosité folle, et pas seulement avec ses amis. (...) Il se tourmentait pour ses amis comme un père se tourmente pour ses enfants. Et il les aidait avec un tel naturel que cela semblait aller de soi." [4]

"Si vous avez à parler d’un sujet, commencez donc par n’importe où. Voilà qui facilite les choses. (…) Par exemple : " le soleil date de la plus haute antiquité. " (...) Parti de prémisses si fermes et si catégoriques pour arriver au sujet même, vous serez obligés de l’extérieur à faire de tels rétablissements de l’esprit et de l’imagination que vous trouverez en route mille idées à la fois plaisantes et instructives qui vous seraient jamais venues sans cela. Je ne vend pas la recette, je la donne. Cette contrainte extérieure, qui est comme celle de la rime, vous aidera, loin de vous entraver. C’est la nécessité de la rime qui a fait naître les plus beaux vers." [5]

"Les ménagères n’ont pas osé toucher la poêle avec le Serment du Jeu de Paumes ou le portrait de madame de Maintenon et autres tableaux historiques. Elles les ont exposés au salon, dans le couloir, dans la salle de bain, il n’y a qu’une chose qu’elles n’ont pas faites, c’est d’en essuyer les casseroles. (...) Les femmes ont donc déchiré les draps de lit pour en tirer des torchons de
cuisine, des torchons blancs qu’on salit sans peur. (...) J’apprends tout ça par les journaux de mode. Seulement maintenant, on fait des draps de lit historisés, rayés, à pois, plumetis, ouvragé et couleur champagne, avec un blason pour monsieur et un bouquet de fleur pour madame. Alors, où prendra-t-on les torchons de cuisine ? Faudra-t-il essuyer quand même le derrière de la poêle avec un bouquet de fleur ? Sans parler du blason de monsieur ? On voit par là que la civilisation est arrivée dans une impasse. On arrête pas le progrès, il s’arrête de lui même. Par un mécanisme intérieur." [6]

"La Bible assure que lorsque Dieu eut fabriqué l’homme et la femme, il en pleura. Comme on le comprend ! "

"L’homme n’est que poussière, c’est dire l’importance du plumeau."

"La conscience, comme l’appendice, ne sert à rien, sauf à rendre l’homme malade."

"Le sage doit garder un vice pour ses vieux jours."

"Le temps perdu se rattrape toujours. Mais peut-on rattraper celui qu’on n’a pas perdu ?"

"Les statues ne font que nommer l’oubli. On n’est jamais plus mort qu’en bronze."

"Manger de l’ail. Ca rajeunit l’organisme et ça éloigne les importuns."

"Nous vivons une époque où l’on se figure qu’on pense dès qu’on emploie un mot nouveau."

"Munissez-vous toujours de lainages lorsque vous allez en Auvergne. Tout y est aigrelet : le fond de l’air, le fromage, le vin, le son de la vieille."




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