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Le Chat

Mœurs horrifiques des chats. - Complaisance des vieilles dames. - Chats de gouttière et chats de pharmacien. - Chats de sorcière, de Léautaud, de Baudelaire. - Chats lavés à l’alcool sur le boulevard Saint-Germain. - Chats de Colbert . - Chats dangereux pour l’homme. -Grandeur consécutive d’Allah.

Les chats sont de sales bestioles qui lacèrent les fauteuils et font pipi au milieu des salons, après quoi ils vont s’établir sur les genoux d’une dame respectable, une présidente de confrérie, une grand-mère de parents d’élèves, une lauréate de jeux floraux infiniment maigre et savante. Tel est l’avis de plusieurs personnes autorisées. Ce sont des choses qu’on ne permettrait même pas à un vieux général en retraite tout couvert de décorations, ou au premier vicaire d’une paroisse distinguée. A un igame, à un banquier utile, à un diplomate en fonction. Et que font les dames ? Elles disent : " Minou, minou, minou. " On voit par là combien le mal est profond.
Les chats montent ensuite sur les toits où ils font le sabbat toute la nuit avec des cris affreux d’enfants qu’on assassine. Quand le pharmacien les attrape, il les pèle et garde la peau. Il donne le reste à un restaurateur. Il tend la peau sur une planchette en bois ; il la fixe avec quatre épingles, il la tanne et en fait des plastrons contre le froid. Il les expose dans sa vitrine. On se les attache autour du cou par le moyen des pattes de devant. Si elles sont un peu courtes, on y ajoute du ruban ; Ou de l’élastique marron qu’on trouve chez la mercière. C’est tout le secret des grandes coquettes qui redoutent le rhume de cerveau. On peut donc, à certains égards, voir dans le chat un oiseau utile.
Dieu l’a fait, dans sa grande bonté, pour que l’homme puisse caresser le tigre : le chat est un tigre d’appartement. Il est élastique et feutré, soyeux, griffu, plein d’électricité statique. Il se compose assure un écolier, de deux pattes de devant, de deux pattes de derrière et de deux pattes de chaque côté. Derrière lui, ajoute cet enfant, il a une queue qui devient de plus en plus petite, et puis au bout il n’y a plus rien. On ne saurait pas mieux peindre le chat. A condition d’ajouter la moustache. Elle est sensible aux infra-sons, à l’infrarouge et à l’ultraviolet. C’est avec elle qu’il détecte le monde, la température de la soupe, la présence des esprits, l’approche de Lucifer. Les sorcières l’amènent au sabbat. Le 1er mai, jusqu’à Louis XIII, on en brûlait de pleines cages d’osier sur un grand feu. Aujourd’hui on se sert de ses tripes : les spécialistes en font des cordes de violon et du fil pour les chirurgiens. Mais ensuite le chat ne peut plus vivre. On l’enterre au fond du jardin. Ou alors dans l’île de la Jatte, avec les chevaux et les chiens policiers. C’est là qu’on trouve les chats de Colette. De vieilles dames fréquentent leurs tombeaux. Ils sont ornés de distiques et d’inscriptions latines.
Baudelaire voyait dans le chat le compagnon naturel" des amoureux fervents et des savants austères ". Surtout la nuit. Il vient s’asseoir sur leur bureau. Les amoureux fervents font des lettres d’amour et les savants austères observent des têtards. De temps en temps, ils passent la main sur le dos du chat. Il en sort des étincelles bleues. Léautaud a eu trois cents chats. A Saint-Germain-des-Prés, une vieille dame en promène une bonne vingtaine dans une voiture d’enfant, et un en laisse, avec une corde qui l’étrangle. Elle s’assied sur un banc et les passe à l’alcool.
Les chats perdus se réunissent à Montmartre. Une demoiselle âgée leur apporte à goûter. Devant le Sacré-Cœur. Ils mangent, ils regardent Paris avec sa brume et ses cheminée ; puis ils s’en vont, et reviennent pour le dîner. On voit par là qu’ils aiment les grands panoramas. Mais ils n’adorent pas moins les caves. Sur les bateaux, ils voyages dans les soutes. Dans la marine à voile, on ne pouvait pas partir tant que le chat n’était pas à bord. C’était interdit par Colbert. Ils " dératisaient " les navires.
Les chats sont très dangereux pour l’homme. Thérèse Marney, de la Comédie-Française, Thérèse Marney avait perdu son chat. On l’aperçut au sommet d’un arbre. Il n’osait plus redescendre. Il était affolé. Je grimpai jusqu’aux plus hautes branches. Malheureusement, elles devenaient de plus en plus minces, et " au bout il n’y avait plus rien ", et pendant ce temps le propriétaire du végétal, oublieux du contexte humain, sciait l’arbre au ras du sol, en désespoir de cause, afin que le chat pût atterrir sans se déranger. On croit généralement qu’un arbre s’affaisse du côté où il penche ; c’est une erreur : il tombe du côté où l’on se trouve.
Et c’est ainsi qu’Allah est grand.




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